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Thomas Formont artisan métallier2018-05-21T11:00:07+00:00

« Il y a de l’avenir dans la réalisation d’ouvrages métalliques »

Installé à Arras, Thomas Formont est artisan métallier. Ce passionné dirige, avec le sourire, une entreprise de quatre salariés et deux stagiaires. Rencontre dans la cuisine de son atelier après avoir fait le tour des installations et découvert d’impressionnantes machines.

Thomas Formont.

D’où vous est venue cette passion pour le travail du métal ?
C’est venu tardivement. J’ai un souvenir marquant lors de la visite du Musée des arts turcs et islamiques à Istanbul. Les Turcs ont un vrai savoir-faire sur le travail des métaux et en particulier des cuivreux. J’ai eu un déclic et j’ai eu envie de travailler dans ce domaine. J’avais alors 25 ans.


Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?
J’ai fait des études de commerce mais cela ne me plaisait pas. Puis, j’ai travaillé dans une maison d’édition de photos. Et ensuite, j’ai cheminé dans les métiers du bâtiment, dans la maçonnerie, dans la menuiserie jusqu’à ce voyage à Istanbul où j’ai eu envie de me tourner vers les matériaux métalliques. J’ai alors fait un CAP en formation adultes.


Depuis quand êtes-vous installé à votre compte ?
J’ai commencé à monter une petite société en Bretagne, pendant quelques années. Puis, depuis cinq ans, j’ai créé cette entreprise à Arras. J’ai eu l’opportunité d’installer mon atelier dans ce hangar. C’est cet espace qui a déclenché mon envie d’installer mon activité à Arras.

Qui compose votre clientèle ?
Elle est multiple. J’ai principalement des commandes venant d’architectes, de décorateurs, de designers, qui travaillent pour des clients, professionnels ou particuliers. Des fois, j’ai des projets provenant directement de particuliers, qui veulent une verrière, ou de commerçants. Cela peut être un restaurateur qui a besoin d’un escalier, d’un bar, d’une grande étagère pour son bar. Je réponds aussi à des appels d’offres de marchés publics lancés par l’État ou une collectivité. Comme la restauration d’une chapelle avec des grilles à réaliser.

Gagnez-vous bien votre vie ?
C’est relatif. Je gagne un peu plus du SMIC. Je ne gagne pas très bien ma vie. Mais l’entreprise est jeune. J’investis dans des machines. Je ne cours pas après l’argent. Le plus important est de construire une entreprise qui ait du sens, dans une activité qui a du sens, de travailler avec des compagnons qui se sentent bien dans l’atelier, de créer des bonnes conditions de travail. C’est ce qui m’intéresse avant tout et j’y trouve mon compte : je me sens bien dans mon travail.

Utilisez-vous encore une forge ?
Nous en avons une mais nous l’utilisons peu. C’est une activité de plus en plus rare. Nous travaillons peu le métal à chaud. Nous utilisons plus des profilés métalliques. Pour définir notre activité, je dirais que nous faisons de la métallerie fine. Même si les architectes et les personnes du bâtiment nous appellent encore serrurier. La ferronnerie, la serrurerie, la chaudronnerie et la métallerie sont des termes proches pour parler de l’activité de fabrication d’objets métalliques. La chaudronnerie a une finalité plus industrielle. Le terme de métallerie, qui me convient bien, est plus récent.

Quel est le métal que vous préférez travailler ?
J’aime travailler les cuivreux : cuivre, laiton, bronze. C’est ce que je préfère aujourd’hui. Mais cela change. Cela évolue au fil de l’activité. En ce moment, ce sont les cuivreux parce que ce sont des métaux plus nobles. Ils se travaillent avec des techniques bien spécifiques car ils sont plus tendres. On peut les travailler à froid, en les martelant, beaucoup plus facilement que l’acier par exemple. Les cuivreux, cela me renvoie aux pièces que j’ai découvertes à Istanbul. Mon premier amour pour le métal. J’adore le laiton. C’est un métal qui a une lumière particulière et que je trouve vraiment beau.

Qu’aimez-vous le plus dans votre métier ? Et le moins ?
Il y a un ensemble de choses que j’aime beaucoup dans mon métier. Déjà, j’essaie de construire une entreprise avec des compagnons qui se sentent bien au boulot. C’est important d’avoir une atmosphère de travail conviviale et agréable. Après, j’aime, comme je le disais juste avant, travailler les cuivreux. Quand j’ai le temps et que je peux marteler mon bout de cuivre, je suis content. Cela me fait du bien. Et puis, bien sûr, j’ai la satisfaction avec toute mon équipe de sortir des beaux ouvrages de l’atelier, de faire de belles réalisations qui répondent aux attentes des clients. Ce que j’aime le moins, c’est quand même la partie administrative et commerciale. J’ai fui cela lors de mes études et cela me rattrape un peu. Mais, il n’y a pas de métier où tout est bien. Cela n’existe pas !

Vous considérez-vous plus comme un artiste, un artisan, un technicien du métal ou un chef d’entreprise ?
Je ne me considère pas comme un artiste. Un artisan oui ! Malheureusement et la mort dans l’âme, je ne suis presque plus à l’atelier. De fait, je suis artisan et chef d’entreprise car je porte les responsabilités de l’entreprise. Il y a bien sûr dans ce métier une part artistique : il faut dessiner, il faut être créatif, imaginatif. Certains clients font appel parfois à cette part créative : ils veulent une bibliothèque par exemple et me laissent carte blanche pour la dessiner. Mais c’est assez rare quand même. Car le plus souvent, c’est l’architecte ou le décorateur qui dessine suivant l’envie du client et je n’interviens qu’en tant que technicien. J’ai aussi des idées en tête, des envies de réalisations personnelles, que je ferais un jour peut-être. La partie créative dans mon métier, ce n’est pas non plus que dessiner un ouvrage. Dans la réalisation d’un ouvrage métallique, il faut réfléchir à des protocoles de fabrication pour obtenir le meilleur résultat. C’est aussi une phase de création technique. Ce qui est compliqué dans mon activité, c’est qu’il faut avoir beaucoup de compétences et de ressources dans différents domaines : l’artisanat, mais aussi le commercial, la communication, le management, etc.

Le travail du métal est un métier du passé. A-t-il de l’avenir ?
Ah oui, bien sûr ! Pour moi, ce n’est pas un métier du passé et il y a de l’avenir dans la réalisation d’ouvrages métalliques. Il y a de plus en plus de demandes et de moins en moins d’entreprises et d’artisans compétents. Je travaille principalement avec des partenaires privés ou des particuliers mais il y a aussi tous les marchés publics, notamment pour des rénovations de patrimoine. Ce métier a de l’avenir, mais il a une mauvaise image, aux yeux du public comme d’un point de vue institutionnel. Il y a plusieurs raisons à ça : c’est un métier difficile, salissant. Nous sommes tout crasseux et tout graisseux. Le matériau est froid. Dans le cursus scolaire, la métallerie est un métier méconnu et qui n’est pas très mis en avant. Les institutions vont beaucoup plus promouvoir les métiers du bâtiment, l’électricité, la plomberie ou les métiers du bois. Et souvent dans la scolarité, ce sont les plus mauvais élèves qui sont orientés vers la chaudronnerie. C’est une grave erreur et c’est dommage car le travail du métal, c’est un métier où il y a plein de choses à faire !

Comment faire pour rentrer dans ce métier ?
Déjà, il faut en vouloir, et il faut bien se former. Il faut commencer par un CAP, puis aller voir les Compagnons du devoir. C’est un organisme sérieux, avec des personnes qui ont un vrai savoir-faire et qui forment les jeunes de la bonne manière. A côté, il faut prendre des livres, potasser, s’intéresser. Et aussi bien se former sur des mathématiques de base, de la géométrie. Il faut acquérir de bonnes bases pour savoir faire des plans et savoir lire des plans en 2D. Voilà, il faut des savoirs de base, une bonne formation, faire des stages et après, il faut y aller, il faut foncer !

Interview réalisée par Tisma de l’UEMO d’Arras

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