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thierry vandorpe garde forestier2018-05-21T11:03:09+00:00

« Je prépare la forêt de demain pour les populations futures »

Alors que les oiseaux chantent durant cette matinée ensoleillée, Thierry Vandorpe, garde forestier de la Forêt de Bois L’Evêque, nous accueille au milieu des arbres dont il prend soin tout au long de l’année.

Thierry Vandorpe.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après le collège et le lycée, je me suis orienté vers des études forestières. J’ai suivi un BTS de gestion forestière puis j’ai passé le concours pour travailler à l’Office national des forêts (ONF). J’ai ensuite travaillé dans plusieurs forêts, en Saône-et-Loire, en Côte d’Or et en Haute-Saône, avant de revenir dans le Nord. Je suis natif du Caudrésis et j’ai la chance aujourd’hui de travailler dans les forêts où je venais quand j’avais 10/12 ans. J’exerce donc maintenant mon métier de technicien forestier et territorial dans les forêts de Bois l’Evêque et de Mormal. On utilise aujourd’hui ce terme de technicien forestier. Avant on employait plus celui de garde forestier. Mais c’est le même métier.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir garde forestier ?
Dès le plus jeune âge, j’ai été attiré par la forêt. J’avais cet amour de la nature. J’ai toujours voulu être dehors et je ne m’imaginais pas dans un bureau. Mon bureau, c’est la forêt, avec les oiseaux qui chantent au printemps. Mes grands-parents étaient agriculteurs et mes parents m’ont amené à aimer la nature. Je me souviens aussi que j’accompagnais mon père en forêt car il était chasseur. A ce moment-là, j’ai côtoyé des gardes forestiers et je me suis intéressé à ce métier. Et c’est un beau métier, je ne me suis pas trompé !

Comment devient-on garde forestier ?
On peut travailler pour l’ONF, et après un concours, on a un statut de fonctionnaire. L’ONF gère les forêts domaniales, ainsi que des forêts communales et celles des collectivités. Sinon, on peut être garde forestier pour un propriétaire d’une forêt privée. Mais là aussi, il faut un diplôme forestier pour exercer. Que ce soit un BEPA, un bac pro ou un BTS. Il y a aussi une licence et après on peut devenir ingénieur forestier. Mais plus tu passes de diplôme, plus tu t’éloignes du terrain et plus tu travailles dans un bureau.

En quoi consiste votre métier ?
C’est un métier très diversifié. La première mission est la gestion du patrimoine. Le rôle d’un garde forestier est de valoriser la forêt et d’en tirer des revenus qui vont être réinvestis dans des travaux pour l’améliorer Nous devons veiller à ce que la forêt se renouvelle : on planifie des travaux forestiers, on définit les coupes, on marque les arbres pour ensuite qu’ils soient coupés et débardés, c’est-à-dire amenés en bordure de route. Ces arbres sont vendus, que ce soit pour être scier ou brûler si c’est du bois de chauffage. Nous travaillons avec un Plan d’aménagement, c’est-à-dire un programme d’actions sur vingt ans qui s’adapte en fonction des aléas climatiques et des aléas sanitaires comme les maladies sur les arbres. La forêt est vivante donc il faut faire évoluer constamment cette feuille de route. Les travaux de coupes sont réalisés par des entreprises d’exploitation forestière : le garde forestier doit coordonner et suivre tous les chantiers. En dehors des coupes, la valorisation de la forêt passe aussi par des plantations. Sur la Forêt de Bois L’Evêque, je travaille particulièrement sur différentes essences, des épicéas, des chênes, des frênes. Pour les plantations, nous avons des ouvriers de l’ONF pour certaines tâches, sinon nous travaillons là aussi avec des entreprises extérieures. Le garde forestier a également une mission de veille, de préservation et de protection de certaines espèces naturelles, végétales ou animales. Par exemple, s’il y a une héronnière, un endroit où les hérons viennent nicher et se reproduire, à nous d’adapter notre travail pour ne pas gêner ou abimer cette zone pour que l’espèce puisse toujours y revenir. La forêt est aussi une zone sociale, ouverte à tous, avec des sentiers de randonnées, des parcours de VTT, des chemins pour faire du cheval. Un garde forestier doit veiller à entretenir et à sécuriser ces sentiers pour que chacun puisse se balader paisiblement en forêt. Notre travail est donc d’orienter et de baliser l’accueil du public pour qu’il se fasse en cohérence avec ce milieu naturel qu’est une forêt.

Le garde forestier a-t-il aussi un rôle de sécurité dans la forêt ?
Dans les images d’antan, on voit le garde forestier avec un fusil. C’est vrai que le garde forestier a toujours ce rôle du respect de certaines règles dans les forêts. J’ai vu tout à l’heure des traces de quad, et les quads comme les motos, sont interdits en forêt. Si je croise un motard, je l’arrête et je le verbalise : je suis assermenté pour ça. Je n’ai pas un fusil sur moi en permanence mais quand nous faisons des opérations en groupe ou avec la gendarmerie, j’ai le droit d’être armé. J’ai un permis de port d’arme pour ça. Dans une forêt, il peut y avoir encore du braconnage, bien moins qu’avant quand même, mais surtout des incivilités comme du dépôt d’ordures. Chaque année en France, des tonnes d’ordures sont jetées dans les forêts : cela ne devrait plus avoir lieu.

Est-ce que votre métier demande une certaine force physique ?
On est amené à travailler tout le temps dehors donc il faut avoir une bonne forme physique. Je passe environ 60% du temps en forêt et 40% du temps à mon bureau. Et il faut de la force, notamment pour l’opération de martelage qui consiste à marquer les arbres qui sont destinés à être coupés. On utilise une hachette et un petit marteau. Quand on fait une opération de marquage, des collègues d’autres forêts viennent m’aider. A 5 ou 6 gardes forestiers, on arrive à marquer 25 à 35 hectares, ce qui représente des centaines d’arbres. Donc pour être garde forestier, il faut être en forme et avoir de la force !

Comment se déroule la journée-type d’un garde forestier ?
Mes journées et mes activités varient suivant les saisons. Je suis les chantiers de plantations à l’automne ou en fin d’hiver. Il y a des périodes où je fais des relevés faunistiques, des comptages pour suivre les populations d’animaux. Notamment les chevreuils et les cerfs. Je fais aussi des relevés floristiques. Je regarde l’impact des animaux sur la flore pour vérifier si la faune est toujours en équilibre avec le milieu. Je décide alors les animaux qui vont être prélevés à la chasse l’année suivante, pour essayer de toujours maintenir un équilibre dans la forêt. Mes journées de travail s’agencent donc suivant les saisons. Je peux commencer à 6h30 / 7h quand il fait jour au printemps ou l’été et plus tard l’hiver où je reste d’ailleurs plus souvent à mon bureau. J’ai des horaires qui sont assez libres. J’ai des objectifs à atteindre, des documents à rendre et j’organise mon travail comme je le souhaite. J’ai cette chance.

Travaillez-vous avec d’autres personnes ?
Je fais partie d’une unité territoriale et nous sommes une équipe de onze techniciens forestiers. Chacun est responsable d’un territoire, d’une ou plusieurs forêts, et nous travaillons en équipe pour faire toutes les tâches collectives. Je vais travailler sur les autres secteurs pour aider les autres forestiers et ils viennent tous m’aider sur mon territoire. Avec les gardes forestiers de mon unité, nous échangeons énormément. Et comme l’Office national des forêts est un établissement national, cela m’arrive d’aller en formation dans d’autres régions. On apprend beaucoup des autres forestiers. Nous ne sommes pas isolés chacun dans notre forêt. Un garde forestier est aussi en contact avec la population et il se doit de renseigner, de savoir expliquer une forêt et de partager sur ce qu’il fait. Travailler en forêt est un métier très valorisant, avec beaucoup d’enjeux dans notre société actuelle.

Quels animaux trouve-t-on dans la Forêt de Bois L’Evêque ?
Principalement des chevreuils, des cerfs, quelques sangliers, des lièvres, des oiseaux (chouettes hulotte, chouettes chevêche, hiboux moyen-duc, mésanges). Pour voir les animaux, il faut venir le matin de bonne heure ou le soir avant le coucher du soleil. Et au printemps car la végétation n’est encore abondante et les animaux se sont pas encore trop dissimulés par les feuilles.

Qu’aimez-vous dans cette forêt en particulier ?
Alors j’aime cette forêt parce que j’y suis venu quand j’étais jeune et aussi parce qu’il se passe beaucoup de choses. Il y a l’enjeu du renouvellement des résineux. Il y a aussi des endroits avec des arbres très jeunes. Quand on plante un chêne, qui peut vivre plus de trois cents ans, ce n’est pas pour nous. Je sais que je ne le verrai pas à pleine maturité. Je prépare l’avenir, la forêt de demain, pour les forestiers qui viendront travailler après moi et pour les populations futures. Il y a beaucoup de travaux engagés sur cette forêt qui est en plein renouvellement. C’est passionnant. J’avais hérité d’un beau patrimoine donc j’essaie de le conserver, de l’entretenir. Le travail d’un forestier se fait dans un temps long. La vie d’un forestier est finalement courte par rapport à celle d’un arbre et d’une forêt.

Qu’aimez-vous dans votre métier ?
J’aime mon métier car j’ai des tâches très variées à faire et que je suis amené à croiser plein de personnes différentes : des bûcherons, des exploitants forestiers, des personnes qui viennent dans la forêt, dont certains ont des connaissances très poussées dans certains domaines bien précis, sur la flore comme sur la faune. Cela donne des échanges très intéressants. J’ai parlé tout à l’heure des incivilités, mais il y a bien sûr beaucoup de personnes très respectueuses de la forêt et certains sont passionnés, par les oiseaux par exemple. Ces personnes m’apprennent beaucoup de choses. Dans mon métier, j’ai aussi une certaine forme de liberté et la chance évidemment de travailler dans cet environnement magnifique.

Quelles qualités faut-il avoir pour devenir garde forestier ?
Il faut être observateur. Le sens de l’observation est nécessaire pour bien voir, bien comprendre la forêt. Il faut être aussi calme et posé, et bien réfléchir pour prendre les bonnes décisions. Il ne faut pas précipiter les décisions car on engage des changements qui vont se voir sur du long-terme.

Interview réalisée par Cola de l’UEMO de Cambrai

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