« L’accueil à Arras a été très agréable, chaleureux et sympathique »

En 2013, le réalisateur Lucas Belvaux est venu tourner son film « Pas son genre » à Arras. Ce long-métrage, dont les rôles principaux sont interprétés par Emilie Dequenne et Loïc Corbery, se déroule dans plusieurs lieux emblématiques de la ville. Le cinéaste a bien voulu répondre à quelques questions sur le tournage.

Lucas Belvaux.

Etait-ce important pour vous de venir tourner à Arras, la ville où se déroule l’histoire écrite par Philippe Vilain ?
Oui, bien sûr, pour plusieurs raisons. Par fidélité au livre, d’abord. Ensuite, parce que j’y avais tourné une séquence de mon premier film, Parfois trop d’amour, il y a vingt-cinq ans. Mais surtout parce que le choix de la ville est avant tout « dramatique ». Sa situation a un rôle actif dans l’histoire : elle est suffisamment éloignée de Paris pour que le personnage principal, Clément (Loïc Corbery), ne rentre pas chez lui chaque soir, mais suffisamment proche pour qu’il ne s’y installe pas. Ce qui fait que leur histoire d’amour peut être ce qu’elle est, à la fois ininterrompue et discontinue. Elle est aussi un peu romanesque : ils se retrouvent plutôt à l’hôtel que chez elle. Pour finir, Arras est une ville singulière, avec ses places, très belles, et sa périphérie plus ordinaire.

Combien de temps avez-vous tourné à Arras ?
Nous y avons passé à peu près six semaines, puis une semaine ailleurs dans la région, à Cassel, à Berck-sur-Mer, au Touquet, et une semaine à Paris. En tout, il y a eu huit semaines de tournage.

L’atmosphère de la ville vous a-t-elle plu ?
Oui, beaucoup. C’est une ville plus calme que les autres villes du Nord et on y trouve souvent une ambiance chaleureuse.

Comment avez-vous choisi les lieux de tournage (l’Hôtel de l’Univers, le lycée Robespierre et le salon de coiffure) ?
Le choix d’un décor correspond toujours à des critères multiples, différents. D’abord, il y a le choix artistique. Il faut que l’endroit « raconte » quelque chose – une ambiance, un aspect du personnage, mais aussi qu’il corresponde à mon goût, à l’image que je veux donner au film. Il y a ensuite des raisons plus pragmatiques, liées à la production du film, au coût que cela représente, avec différentes questions qui se posent : Est-ce qu’on peut garer les camions pas trop loin ? Quel loyer le propriétaire va-t-il nous demander ? Y a-t-il beaucoup d’argent à investir pour le transformer ? etc. Le choix des lieux de tournage est toujours une affaire de compromis.

Pourquoi avez-vous localisé l’appartement du personnage féminin principal dans la Tour Verlaine de la résidence Saint-Pol ? Avez-vous d’ailleurs redécoré l’appartement ou l’avez-vous laissé tel quel ?
Je voulais tourner dans une tour pour profiter d’une vue en hauteur, tout en gardant l’idée d’un logement populaire mais assez moderne. Il fallait aussi donner à cet appartement une ambiance très particulière qui devait correspondre à l’univers de Jennifer (Emilie Dequenne) puisqu’elle dit qu’elle l’a repeint avec ses copines et qu’on imagine qu’elle a apporté un soin particulier à la déco. Il était donc impossible de trouver un appartement existant qui répondait à toutes ces contraintes. Nous avons donc tourné au sommet de la tour, dans un local qui n’est pas un appartement mais un espace commun. La décoratrice a créé dans cet espace un appartement qui correspondait à ce que je voulais. Il a fallu fabriquer des pièces avec des cloisons, une fausse salle de bains et une fausse cuisine dans lesquelles il n’y avait même pas d’eau. L’appartement qu’on voit dans le film est donc un décor réalisé dans cette grande salle commune.

Quel accueil avez-vous reçu de la part des habitants d’Arras ? Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage ?
L’accueil a été très agréable, chaleureux et sympathique. Je m’en doutais un peu puisque je connaissais la région. J’y suis d’ailleurs revenu l’année dernière pour faire un autre film, Chez nous. Cela dit, sur les tournages, nous sommes en général bien accueillis. Je garde de très souvenirs des autres villes où j’ai tourné comme Le Havre ou Liège en Belgique. Un tournage qui débarque, c’est un peu comme un cirque. Cela provoque de la curiosité, des conversations, des échanges avec les gens. Certains viennent travailler sur le plateau. Il y a les figurants, les stagiaires, les employés municipaux, les artisans. Rencontrer les gens par le travail est plus facile et plus riche que par d’autres moyens.

Interview réalisée par Sork de l’UEAJ d’Arras

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