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Garage Acier2018-05-24T20:18:42+00:00

« Quand tu aimes la mécanique, tu ne t’arrêtes jamais »

Nathalie Acier, la gérante, et Gianni Dell’oglio, le chef d’atelier du Garage Acier à Neuville-Saint-Rémy nous ont raconté l’évolution de leur métier et les qualités qu’il faut avoir pour devenir un excellent technicien automobile.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre garage ?
Nathalie Acier : Le garage Mouronval existe depuis 1959. Je le sais car il y a une inscription dans le fond de l’atelier. C’était un garage de la marque Panhard qui faisait aussi de la distribution de carburant. Il y a d’ailleurs encore une vielle pompe Japy avec des globes de verre. Le garage a été repris ensuite par mon beau-père, André Acier, en 1971. Il a donc pris le nom Acier à cette époque. Mon mari a commencé comme apprenti avec son père en 1979 et ils ont travaillé ensemble par la suite. Avec mon mari, nous avons continué le garage en 1998. Et quand mon mari est décédé, j’en suis devenue la gérante. Avec Gianni Dell’oglio, mon associé et chef d’atelier, nous essayons de faire perdurer l’aventure.

De quelle manière votre métier a-t-il évolué ?
Gianni Dell’oglio : Notre métier a évolué en suivant l’évolution des véhicules. Aujourd’hui, quand on répare une voiture, ce n’est plus le même modèle que ceux d’avant. Une C5, ce n’est évidemment pas construit comme une 2CV. Il n’y a pas les mêmes pièces. Il y a plus d’électronique. Et toutes les pièces avant étaient presque toutes interchangeables. Ce n’est plus le cas. Les véhicules sont maintenant plus compliqués. Avec beaucoup plus de pièces et pour chaque modèle, ces pièces sont différentes. Avant, avec une clé à molette et deux tournevis, on arrivait à réparer une voiture. Maintenant, il y a plus d’électronique, donc il faut des ordinateurs, des téléchargements. Les mécaniciens sont devenus des techniciens.

Nathalie Acier et Gianni Dell’Oglio.

Nathalie Acier et Gianni Dell’Oglio.

Est-ce facile de subsister quand on tient un petit garage ?
Nathalie Acier : Ce n’est pas facile. Notre garage est à côté de Cambrai donc nous sommes face à la concurrence, avec des gros concessionnaires et toutes les enseignes comme Feu Vert, Norauto ou Point S. Un petit garage à la campagne aura moins de concurrence que nous. L’avantage de notre garage, c’est qu’il existe depuis longtemps, avec les mêmes interlocuteurs et les mêmes mécaniciens. Nous sommes dans une qualité du travail effectué et il y a une relation humaine qui s’installe dans le temps avec les clients. Il y a d’ailleurs une fidélité qui existe entre les clients et les petits garages comme le notre.

Est-ce difficile pour une femme de s’imposer dans ce métier d’hommes ?
Nathalie Acier : C’est une excellente question ! Oui, c’est difficile car c’est un domaine, l’automobile et la réparation en particulier, qui à l’origine concerne les hommes. Ici, j’ai toujours été entouré qu’avec des hommes et quand ils ont quelque chose à dire, ils le disent. Sinon, il m’arrive parfois d’avoir un client au téléphone qui veut parler à un technicien. Comme je suis une femme, il suppose que je ne vais pas réussir à lui donner la bonne réponse.

Quelles qualités faut-il avoir pour être mécanicien ?
Gianni Dell’oglio : Il faut être rigoureux et patient. Cela passe déjà par la capacité à établir un bon diagnostic du véhicule. C’est comme quand tu vas chez le docteur, il faut déjà qu’il t’ausculte bien, qu’il réussisse à déterminer ta maladie et à te donner le bon traitement. Dans la mécanique, c’est pareil : il faut commencer par faire le bon diagnostic. Tu peux d’ailleurs avoir deux voitures du même modèle qui font le même bruit et ce ne sera pas la même panne.
Nathalie Acier : Et il faut bien écouter le client aussi quand il expose le problème de sa voiture. Car il peut donner des indications très précieuses, sur des bruits qu’il aura entendus ou des problèmes qu’il aura rencontrés.
Gianni Dell’oglio : Si on écoute bien le client, on a déjà trouvé la moitié de la panne !

Il faut être patient pour établir le bon diagnostic. Mais faut-il aussi être patient avec les clients ?
Nathalie Acier : Le client d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui d’il y a vingt ans. Il est plus exigeant et les gens ne savent maintenant plus rien faire sans leur voiture. J’ai le souvenir de mon père qui allait au petit garage du coin. Il déposait sa voiture avec ses clés et Il laissait le garagiste faire tout ce qu’il y avait à faire. Maintenant, tout est plus compliqué. Il faut même faire un devis pour changer une ampoule. Et il faut que la voiture soit prête pour… hier. Même les retraités sont débordés et ont du mal à laisser leur voiture au garage !

Faut-il être passionné pour faire ce métier ?
Gianni Dell’oglio : Complètement. Quand tu aimes la mécanique, tu ne t’arrêtes jamais. Même le dimanche, tu bricoles un peu tout. Ta voiture, mais aussi la mobylette d’un voisin, la machine à laver d’une voisine. Il faut être passionné par le démontage et le remontage d’un appareil. Par le fait d’en chercher la panne et de réussir à la réparer.

Quand vous recrutez un mécanicien, qu’attendez-vous de lui ?
Gianni Dell’oglio : Qu’il fasse du bon travail et que les voitures qu’il répare ne reviennent pas au garage. Il faut aussi qu’il soit bien organisé et qu’il fasse du travail propre. Et évidemment un mécanicien doit être performant techniquement.

Quelle est le meilleur moyen pour devenir mécanicien, la formation ou l’expérience ?
Gianni Dell’oglio : L’un ne va pas sans l’autre. Quand on sort de l’école, on pense tout savoir mais quand on est sur le terrain, ce n’est ne pas la même chose. Aujourd’hui, pour être mécanicien, il faut nécessairement avoir un diplôme. Ce n’est plus un métier qu’on apprend sur le tas et qui se transmet à l’oral. Il faut une formation, que ce soit un CAP, un bac pro ou un BTS. Si vous avez un CAP, vous allez faire de la mécanique de base : faire une vidange, changer des roues ou des plaquettes de frein. Mais aujourd’hui, dans un garage, il faut être plus technicien car 80 % des pannes sont électriques ou électroniques. Et plus vous faites d’études, plus vous êtes dans la technique, et moins dans la mécanique de base. Il y a aussi les marques qui font faire des formations complémentaires. Quand le constructeur te forme, tu es sûr d’avoir du travail. Il investit sur ta personne. Aujourd’hui, quand tu as un diplôme en mécanique et que tu sais bosser, tu trouves tout de suite un travail. C’est un métier où on manque des bras et qui recrute !

Devenir technicien automobile, est-ce encore une vocation chez les jeunes ?
Gianni Dell’oglio : Quand on passe une annonce pour recruter, il n’y a pas beaucoup de réponses. Les métiers manuels ont été délaissés et il y a de moins en moins de travailleurs manuels. Aujourd’hui, celui qui sait se servir de ses dix doigts, il va gagner de l’argent. Que ce soit en menuiserie, en électricité ou en automobile. Un technicien automobile va gagner entre 1600 € et 2000 € par mois. C’est un salaire correct. Et ce ne sont pas les conditions de travail qu’avant ! Aujourd’hui, les garages sont chauffés et il y a des ponts pour travailler sous les voitures.
Nathalie Acier : Dans notre garage, nous avons des stagiaires toute l’année. Certains sont plus motivés que d’autres, que ce soit en mécanique ou en carrosserie. Certains jeunes ont encore la vocation de la mécanique automobile. D’autres moins : ils ont été mis dans une section de mécanique auto, mais ils n’ont pas cette passion.

Est-ce un métier difficile ?
Nathalie Acier : Oui, cela reste un métier difficile. Un bon technicien automobile doit se creuser la tête pour trouver certaines pannes. Il y a cette difficulté-là. Mais les techniciens ont des horaires classiques et ne travaillent pas les week-ends. Et c’est beaucoup moins difficile physiquement. Il y a beaucoup de matériel pour faciliter le travail.
Gianni Dell’oglio : Mais cela reste un peu plus physique que faire de la comptabilité !

Interview réalisée par Zpek du CEF de Cambrai

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