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Cirque Arlette Gruss2018-05-21T10:53:49+00:00

« Le cirque est une belle aventure, tous ensemble et sur la route »

Début mars, le Cirque Arlette Gruss se posait à Arras pendant une semaine. L’occasion d’aller rencontrer Robert Haldi, le responsable de la communication de ce cirque familial, et d’en apprendre un peu plus sur ce mode de vie itinérant.

Kevin Gruss et Robert Haldi.

Comment s’organise une tournée du Cirque Arlette Gruss ?
Nous avons un directeur de tournée qui organise la tournée du cirque suivant le calendrier, notamment les vacances scolaires. Chacune de nos tournées démarre à Bordeaux autour de mi-janvier. Notre chapiteau a été fabriqué dans cette ville et historiquement nous y créons tous nos spectacles. Après il y a des rendez-vous avec certaines villes : à Rouen pendant les vacances d’hiver, à Dunkerque pour Pâques, à Strasbourg pour la Pentecôte, l’été au bord de la Méditerranée. Nous devons aussi nous coordonner avec les villes, avec la disponibilité des espaces qu’ils nous réservent. Organiser une tournée, qui dure onze mois sur une année entière, c’est vraiment un casse-tête !

Votre cirque s’installe dans plusieurs villes du Nord de la France, avez-vous un attachement particulier à cette région ?
Nous avons dans le Nord un public fidèle et nous faisons toujours ce bout de tournée, qui passe par Arras, Dunkerque, Boulogne-sur-Mer, Lille et Valenciennes. Nous sommes attachés à ces villes et le spectacle y fonctionne toujours bien.

Pouvez-vous nous donner des chiffres sur le convoi du cirque : le nombre de personnes, d’animaux, de camions ?
Pour la seule logistique du cirque, le chapiteau, les gradins et la ménagerie, il faut 54 semi-remorques avec en plus des remorques pour tout transporter. Il y a aussi une vingtaine de caravanes et d’habitations pour les artistes. Cela représente un convoi de trois kilomètres. Du point de vue humain, il y a 135 personnes dans le cirque, de 14 nationalités différentes. Et une cinquantaine d’animaux.

Combien de temps cela vous prend-il pour installer le chapiteau ?
Il faut un jour et demi à deux jours pour s’installer, monter le chapiteau et les gradins. Une équipe vient quelques jours avant l’arrivée du cirque pour faire des repérages, des marquages au sol et enfoncer les gros piquets qui servent à attacher le chapiteau. Du coup, quand le convoi arrive, nous n’avons plus qu’à lever les mats et la toile de la tente, puis monter les gradins et faire l’installation technique, les lumières, le son et la mise en place le décor.

Quels sont les métiers qu’on retrouve dans un cirque ?
Un cirque est totalement autonome. Ce qu’il nous faut pour que le cirque puisse tourner, c’est de l’eau et du gasoil. Même pour l’électricité, nous avons des groupes électrogènes. Dans le cirque, nous avons l’équipe artistique et l’équipe technique. Cette dernière assure le montage et le démontage de la structure, toute la technique des spectacles et toutes les petites réparations au quotidien : une soudure d’un gradin, un coup de peinture, etc. Dans l’équipe, il y a aussi l’équipe administrative qui fait toute la tournée. Le directeur, Gilbert Gruss, le responsable des ressources humaines, le comptable, le responsable des achats, les hôtesses de caisse, etc. Il y a aussi un responsable de la ménagerie et des cuisiniers. Tout le monde est en tournée, ensemble. Ce qui permet de vivre au quotidien l’ambiance du cirque.

Sur une ville comme Arras, combien de personnes assistent au spectacle ?
La jauge des gradins est de 1850 places. A Arras, nous espérons donc un total d’environ 15000 personnes sur neuf représentations. Quand on fait les galas de fin d’année, on peut augmenter le gradin jusqu’à 2100 places. Le chapiteau du cirque est une salle de spectacles à part entière.

Dormez-vous encore dans des caravanes ?
Oui, mais ce n’est plus comme avant. Le personnel technique dort dans des couchettes. Ces lits couchettes sont installés dans des camions tout neufs, avec le chauffage et la climatisation, des frigos. Ils sont très confortables. Il y a des couchettes individuelles, des couchettes doubles et certains camions sont aménagés pour les familles. Par exemple, le chef d’orchestre est avec sa femme, qui est la femme de ménage du cirque, et son fils. Il y a aussi des installations avec les douches et les sanitaires, mais dans des structures extérieures. C’est le seul inconvénient, surtout quand il fait froid et qu’il faut aller prendre sa douche. Mais les logements sont très modernes. Il n’y a plus de roulottes ou de caravanes à l’ancienne. Les seules caravanes que nous avons encore sont celles des artistes, avec tout le confort, un plancher chauffant, etc. Ce sont comme des maisons, mais en plus petit. De toute façon, nous sommes toujours en extérieur et en activité, et nous rejoignons les caravanes seulement pour dormir.

Comment vous organisez-vous pour les repas ?
Nous avons aussi un camion cantine, ultra moderne, qui se déploie et peut accueillir 50 personnes. Il y a même la télévision. Dans ce restaurant, on propose un buffet chaud, un buffet froid et toujours de la soupe. La soupe, c’est un élément moteur. Surtout pour les personnes d’Europe de l’Est qui travaillent au cirque. Pour les repas, nous commandons des produits frais et nous servons très peu de conserves ou de surgelés. On essaie au maximum de se fournir en local avec les maraîchers de chaque ville. Là, à Arras, nous avons acheté deux tonnes de carottes à un maraîcher car il faut nourrir les animaux, les chevaux et les éléphants. Et aussi deux palettes de fruits et de légumes pour le restaurant du cirque. Il y a deux cuisiniers et un employé pour la vaisselle et le nettoyage. Ils assurent 110 repas, trois fois par jour, matin, midi et soir.

Vous considérez-vous plus comme une grande famille ou une entreprise ?
Ça, c’est une bonne question ! Le Cirque Arlette Gruss, c’est une très grosse entreprise, avec un vrai noyau familial autour de Gilbert Gruss, de son père, de ses enfants et de ses petits-enfants. Il y a un esprit de famille, mais on reste aussi au travail. En cela le cirque est une entreprise classique, avec un directeur et des ressources humaines, et beaucoup de choses à régler administrativement, des d’autorisations à demander dans chaque ville où le cirque s’installe. Mais la force du cirque opère également. Nous voyageons tous ensemble alors nous sommes très soudés. On ne laisse jamais quelqu’un seul s’il est en difficulté ou s’il a un problème sur la route. Il y a une très bonne entente entre nous. Le cirque est une belle aventure tous ensemble et sur la route.

Les enfants Gruss ont-ils encore la vocation pour les métiers du cirque ?
Complètement. Il ne faudrait pas leur parler de faire autre chose. Les derniers enfants de Gilbert Gruss, qui ont 8 ans et 12 ans, font d’ailleurs un numéro pour la première fois cette année. Ils sont au début du spectacle et c’est un moment magique. Ils ont une grâce incroyable et leur numéro plaît beaucoup. Alors oui, ils ont une vocation pour le cirque et ils aiment ça !

Comment les enfants font-ils pour aller à l’école ?
C’est facile : l’école est à dix mètres de leur logement ! Le cirque a un professeur détaché de l’Education nationale, qui enseigne à une quinzaine d’élèves, de 5 à 10 ans. Ce sont les enfants des artistes et des employés de tout le cirque. Cela fait une classe avec des élèves de plusieurs niveaux qui parlent plusieurs langues. Généralement, ils ont un très bon niveau car c’est un petit groupe d’enfants. Dans chaque ville, les enfants vont visiter les monuments ou des lieux d’histoire. C’est très enrichissant. Après dix ans, les enfants font des enseignements à distance.

Est-ce que vos animaux sont nés dans le cirque ou est-ce que vous les avez adoptés ?
Les animaux sont nés en captivité. Ils ont cette habitude de la captivité. Nous les faisons venir de différents zoos. Parfois ils y a des animaux qui sont aussi avec certains artistes dont nous achetons un numéro pour le spectacle.

Que pensez-vous de la polémique autour de la présence des animaux dans le cirque ?
C’est le sujet du moment. Il faut savoir qu’il y a une minorité de personnes qui sont contre les animaux dans les cirques. Mais ces personnes ne sont jamais venues voir réellement comment vivent les animaux dans les cirques et comment ils sont traités. Nous prenons grand soin et nous aimons nos animaux. Quand on arrive dans une ville, on s’occupe toujours en premier d’eux. Ils ont des camions chauffés, avec de l’eau, de la nourriture. Au Cirque Arlette Gruss, douze personnes s’occupent des animaux. Dès qu’on voit un signe de fatigue, les plus vieux sont libérés dans un parc à côté du Mans qui appartient à la famille d’Arlette Gruss. Il y a là-bas une centaine d’animaux, des panthères, des perroquets, des chevaux. C’est un paradis pour les animaux et ils vivent dans la plus grande tranquillité : le parc n’est pas ouvert au public. Et il faut savoir que les animaux adorent aller sur la piste. Quand la musique démarre, les éléphants sont excités d’aller faire leur numéro. Avec la technologie, on pourrait faire aujourd’hui des spectacles sans animaux, mais ce serait juste du spectacle itinérant. Si on enlève les animaux, ce n’est plus du cirque !

Interview réalisée par Tisma de l’UEMO d’Arras

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